Il y a quelque chose dans notre modernité de terriblement puissant: cette modernité dissout tout ce qui vient à entrer en contact avec elle, transforme tout ece qu'elle touche en marché, façon Midas .Mettez des papous devant du coca, donnez du TF1 et de la bière aux polynésiens, et vous verrez comme en moins d'une génération, les mécanismes du marché seront totalement assimilés, sapant les bases de la vieille société mais créant de nouvelles aliénations.

En linguistique, on observe que des populations mises en contact et qui inventent une langue commune (par exemple les coupeurs de canne à sucre d'Hawai, qui venaient de partout), pratiquent d'abord un « Pidgin », rudimentaire, pas vraiment une langue, une juxtaposition de mots bricolés. Mais qu'ils viennent à avoir des enfants, que passe une génération, et ces enfants en feront une langue, lui attribueront une grammaire.
Le marché et l'état agissent de cette même façon. Nos arrières grand-parents, paysans de France pour la plupart, furent brutalement brassés et exposés à la violence d'Etat (par la première guerre mondiale, super utile) et au marché (par l'exode rural puis le développement de la société de consommation).
Si vous avez eu la chance de connaître un de vos arrières grands parents, peut-être saisirez vous facilement le parallèle que je viens de faire entre langue et marché. Souvenez vous comme les structures du capitalisme et même de l'Etat centraliqé leurs étaient étrangères, comme le marché s'arrêtait pour eux...à la place du marché. Leurs enfants ont bricolé un « pidgin » de marché, à tâtonnement, entre planification et capitalisme, entre ville et campagne. Leurs petits enfants ont connu les dogmes libéraux, leur « grammaire » profonde, et ils y ont cru (faut dire que c'était bien huilé). Et leurs arrières petits enfants sont entièrement intégrés à la société marchande, ils ne pensent que par elle: il savent acheter un portefeuille d'obligations, ils ne savent plus se faire cuire un oeuf. Ils comprennent les subtiles différences entre Bayrou et Ségo, mais ils ne peuvent imaginer une sortie du système politique et Economique actuel. En somme, ils habitent le capitalisme, ils vivent l'Etat.
Image russe trouvée grace à l'excellent site "Dark Roasted Blend"
Je ne nierai pas les apports de cette modernité: pénicilline, libération de la femme et ouverture des universités en sont des exemples clés.
Mais ce marché global, ce pouvoir centralisé, ce sont des réalités que nous avons autorisées, et qui nous dépassent et dévorent toujours plus de secteurs de l'économie non-marchande. Vous pensez certainement quand je dis ça, à l'Eau, à l'Education comme secteurs non marchands que nos sociétés « ouvrent » aux capitaux.
Je pense que le marché va bien au delà: quand des firmes pharmaceutiques veulent déposer un brevet sur une molécule dont la plante productrice est connue par des indiens depuis des millénaires, quand pour manger un sandwich il faut aller l'acheter dans un magasin normalisé iso-mes-couilles, quand pour s'assurer que le lait qu'on boit n'est pas issu d'élevages concentrationnaires il faut payer la dîme de la certification bio, quand vous voulez faire du purin d'ortie comme mamie pour vos légumes, et que la loi vous interdit de faire la promotion d'un intrant agricole non certifié (pour le plaisir des empoisonneurs de terre, certifiés,eux)...on se rend compte à quel point les domaines non marchands( apprendre, cuisiner, jardiner, ou même du petit marché (artisanat, marché local) sont de plus en plus marchandisés, intégrés, comme les deux premiers étages de l'économie son cannibalisés par le troisième, pour suivre la pensée de Braudel (1).

Elle est là la jonction entre l'autonomie souhaitée par l'écologie politique, la justice sociale, et la liberté que la gauche anti-autoritaire a toujours pronée: dans le fait que j'aimerais savoir me faire cuire un oeuf, mais que ce qu'on me propose, c'est l'obligation d'une agriculture industrielle très normalisée (au nom du risque sanitaire, je ne suis pas sûr d'avoir le droit de posséder une poule!), que si je veux du bio, il me faut passer par un label (encore un marché!), que je l'achète au super marché en enrichissant des voleurs qui exploitent leurs caissières (ça c'est pour le marché...mais aussi pour la justice sociale!), et que rien n'est fait pour m'apprendre à le cuire cet oeuf (on m'expliquera plutôt où acheter ma préparation culinaire toute faite).
Redécouvrir l'économie non marchande, celle du don, de l'échange, celle des gestes quotidiens, c'est mieux vivre, ne pas vivre par et pour des cons. C'est plus fatiguant que d'aller au supermarché, c'est sûr; mais Thucydide nous avait prévenus: « il faut choisir: se reposer ou être libre ».
(1): De Braudel, si vous ne le connaissez pas, lisez "la dynamique du capitalisme", une tuerie d'une centaine de page sur l'hidtoire de l'Economie Monde. Il y résume sa théorie des trois "étages de l'économie". Je vous le conseille de tout coeur.

En linguistique, on observe que des populations mises en contact et qui inventent une langue commune (par exemple les coupeurs de canne à sucre d'Hawai, qui venaient de partout), pratiquent d'abord un « Pidgin », rudimentaire, pas vraiment une langue, une juxtaposition de mots bricolés. Mais qu'ils viennent à avoir des enfants, que passe une génération, et ces enfants en feront une langue, lui attribueront une grammaire.
Le marché et l'état agissent de cette même façon. Nos arrières grand-parents, paysans de France pour la plupart, furent brutalement brassés et exposés à la violence d'Etat (par la première guerre mondiale, super utile) et au marché (par l'exode rural puis le développement de la société de consommation).
GRAMMAIRE
Si vous avez eu la chance de connaître un de vos arrières grands parents, peut-être saisirez vous facilement le parallèle que je viens de faire entre langue et marché. Souvenez vous comme les structures du capitalisme et même de l'Etat centraliqé leurs étaient étrangères, comme le marché s'arrêtait pour eux...à la place du marché. Leurs enfants ont bricolé un « pidgin » de marché, à tâtonnement, entre planification et capitalisme, entre ville et campagne. Leurs petits enfants ont connu les dogmes libéraux, leur « grammaire » profonde, et ils y ont cru (faut dire que c'était bien huilé). Et leurs arrières petits enfants sont entièrement intégrés à la société marchande, ils ne pensent que par elle: il savent acheter un portefeuille d'obligations, ils ne savent plus se faire cuire un oeuf. Ils comprennent les subtiles différences entre Bayrou et Ségo, mais ils ne peuvent imaginer une sortie du système politique et Economique actuel. En somme, ils habitent le capitalisme, ils vivent l'Etat.
Image russe trouvée grace à l'excellent site "Dark Roasted Blend" Je ne nierai pas les apports de cette modernité: pénicilline, libération de la femme et ouverture des universités en sont des exemples clés.
Mais ce marché global, ce pouvoir centralisé, ce sont des réalités que nous avons autorisées, et qui nous dépassent et dévorent toujours plus de secteurs de l'économie non-marchande. Vous pensez certainement quand je dis ça, à l'Eau, à l'Education comme secteurs non marchands que nos sociétés « ouvrent » aux capitaux.
SUPER MARCHE
Je pense que le marché va bien au delà: quand des firmes pharmaceutiques veulent déposer un brevet sur une molécule dont la plante productrice est connue par des indiens depuis des millénaires, quand pour manger un sandwich il faut aller l'acheter dans un magasin normalisé iso-mes-couilles, quand pour s'assurer que le lait qu'on boit n'est pas issu d'élevages concentrationnaires il faut payer la dîme de la certification bio, quand vous voulez faire du purin d'ortie comme mamie pour vos légumes, et que la loi vous interdit de faire la promotion d'un intrant agricole non certifié (pour le plaisir des empoisonneurs de terre, certifiés,eux)...on se rend compte à quel point les domaines non marchands( apprendre, cuisiner, jardiner, ou même du petit marché (artisanat, marché local) sont de plus en plus marchandisés, intégrés, comme les deux premiers étages de l'économie son cannibalisés par le troisième, pour suivre la pensée de Braudel (1).

Elle est là la jonction entre l'autonomie souhaitée par l'écologie politique, la justice sociale, et la liberté que la gauche anti-autoritaire a toujours pronée: dans le fait que j'aimerais savoir me faire cuire un oeuf, mais que ce qu'on me propose, c'est l'obligation d'une agriculture industrielle très normalisée (au nom du risque sanitaire, je ne suis pas sûr d'avoir le droit de posséder une poule!), que si je veux du bio, il me faut passer par un label (encore un marché!), que je l'achète au super marché en enrichissant des voleurs qui exploitent leurs caissières (ça c'est pour le marché...mais aussi pour la justice sociale!), et que rien n'est fait pour m'apprendre à le cuire cet oeuf (on m'expliquera plutôt où acheter ma préparation culinaire toute faite).
Redécouvrir l'économie non marchande, celle du don, de l'échange, celle des gestes quotidiens, c'est mieux vivre, ne pas vivre par et pour des cons. C'est plus fatiguant que d'aller au supermarché, c'est sûr; mais Thucydide nous avait prévenus: « il faut choisir: se reposer ou être libre ».
(1): De Braudel, si vous ne le connaissez pas, lisez "la dynamique du capitalisme", une tuerie d'une centaine de page sur l'hidtoire de l'Economie Monde. Il y résume sa théorie des trois "étages de l'économie". Je vous le conseille de tout coeur.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire