lundi, février 25, 2008

FIDELITES


Je suis passé ce matin devant les militants de la ligue qui tractaient, puis devant les communistes. J'ai revu des visages que j'avais croisés il y a de cela un an, quand à 7h du matin, on bloquait les rues avec le Réseau Éducation Sans Frontières pour une maman menacée d'expulsion (ça avait marché, d'après ce que je m'en souviens). Eux ne m'ont sûrement pas reconnu, mais moi je n'oublierai jamais ces adjoints, ces militants debout avec nous, en cet hiver et ce printemps 2007 les flics ratissaient Belleville à la recherche du sans-papier qu'il manquait à leur quota, quand les socialistes pris dans leur campagne oubliaient de parler de nous, oubliaient de nous soutenir pour n'effrayer personne.

Je suis de gauche, je l'ai toujours été. Depuis dix ans, à gauche, il y a les contre-sommets, il y a l'altermondialisation, souffle inespéré ou quadrige scoutocrate selon les situations. Et de partout, ces « alters » viennent « penser global et agir local », heureuse formule pour la fin salutaire des systèmes rigides et monolithiques de pensée d'hier. Et début des emmerdes.

Car on ne peut se contenter d'une action ponctuelle par-ci, d'une autre par là sans chercher à faire bouger les choses à grande échelle. On ne peut pas non plus, sous prétexte de fallacieux calculs tactiques refuser les combats dignes mais ponctuels au nom d'une stratégie, d'une alliance. Le « Que faire? » demeure. Et on ne peut le dépasser que dans l'action sur tous les fronts, même si on le fait sans illusion.

Ce n'est pas grand chose, une écharpe tricolore au milieu des familles qui remontent la rue du Clos pour soutenir une famille chinoise, ce n'est pas grand chose, un coup de fil de Besancennot et une visite de Bové quand les sans papiers avaient fait d'un local d' EDF leur « QG de campagne ». Mais putain, malgré tous les désaccords que j'ai avec eux, ça reste dans la tête. J'assume mes fidélités à cette gauche que je moque si souvent, à cette gauche que je voudrais tellement voir plus libertaire, j'assume les « camarades » que j'aurais préféré « copains », c'en est con, mais c'est comme ça.

Je ne sais pas si j'irai voter, je ne sais pas pour qui. Aujourd'hui j'ai revu ceux que j'ai croisé hier dans ces « micro-luttes » et quelque chose au plus profond de moi est remonté de ma mémoire, quelque chose que je croyais assommé de lassitude.

Je n'ai pas la solution politique à tous ceci. Mais je suis preneur de tout indice que vous posteriez en commentaire à ce billet.

jeudi, février 21, 2008

Mise au secret


Nous vivons un temps de culte de la transparence. Et c'est très hypocritement que les journaux s'indignent d'une petite affaire vaguement maçonnique ici pour absoudre les cabinets noirs conseillers qui ont, de fait, plus de pouvoir et d'influence que les ministres de la république eux-même. Le ridicule ne tue pas, sans quoi on serait tous six pieds sous terre.


Cet exotérisme à tout crin a des racines très profondes, et ne tient pas que du « bon sens », sauf à considérer que les groupes et civilisations initiatiques sont peuplés d'abrutis, ce qui, reconnaissons le, manquerait autant de tact que de vrai. Notre méfiance envers le caché est viscéralement ancrée en nous, et cela tient peut-être de la longue lutte de l'église contre les gnostiques puis contre l'ésotérisme qui a brisé les mystères antiques, mais aussi de notre vision industrialisée du contrôle, qui modifie jusqu'aux paysages de nos villes, jusqu'aux comportements de chacun devenu suspect permanent.


Du coup, nous n'avons pas laissé aux sociétés secrètes la place qu'elles ont eu dans l'histoire de Chine, par exemple, où elles constituaient de discutables mais efficaces contre-pouvoirs avec lesquels il fallait composer. Hakim Bey a écrit un court texte, lui aussi discutable mais efficace sur ces sociétés et leur capacité de subversion (le texte s'appelle « tong », de mémoire, et il est accessible gratuitement sur le web...à vos claviers! Et dites moi ce que vous en pensez).


Mais si la critique permanente du secret tient de la niaiserie, l'anti-maçonnisme ayant atteint à ce sujet des sommets, il faut expliquer, dire, répéter à quel point ce secret peut s'avérer protecteur de la pensée, quand il n'est pas le dernier rempart des opprimés. Nos tenants d'une transparence panoptique oublient-ils ce que notre pays doit aux groupes secrets, des révolutionnaires aux résistants?


On me répondra que ce secret entraîne le risque de connivences occultes, que l'espèce improbable mais toujours citée de ceux « qui n'ont rien à se reprocher » n'a pas à se cacher, elle. Mais nous avons tous quelque chose à cacher: cela s'appelle le droit à l'intimité. Nous avons tous le droit de voir qui l'on veut comme l'on veut: cela s'appelle la liberté d'association. Et les risques qu'on nous renvoie sans cesse, sans eux, la liberté tout court existerait-elle? Les sécurocrates trouveront dans chaque droit qui nous reste un risque qui justifiera sa suppression. Redisons-le: il n'y a pas de liberté sans risque.


Un peu d'ironie, pour finir: le secret comme porte ouverte à la cooptation, en ces temps si transparents où les réseaux à l'air libre n'ont jamais autant compté et ruinent tout espoir d'égalité des chances, à cette époque où la plupart des gens trouvent leur boulot par une connaissance, en ces jours ou notre Tartuffe 1er lui-même place son fiston au village, en cette ère politique où les députés prennent leurs ordres en toute légalité auprès d'un quelconque conseiller de l'exécutif, avouez que ça tient du bal des faux-culs.


lundi, février 11, 2008

LES PROMESSES DE L'ORDRE

Des dizaines de sans-culottes convergent vers la Bastille en ce 14 juillet 1789. Soudain, la foule, hérissée de fourches se fige: ça et là, des nuages de lacrymo créent la panique, tandis que les Tasers électrocutent à tour de bras les derniers îlots de résistance. Des gardes royaux en civil prennent en photo au portable les leaders présumés d'une émeute jugulée à temps. Fin de l'histoire, dans tous les sens du terme.


Les "Tyrannicides"

Premier siècle: Marcus Caïs, alias « Petrus » pour ses coreligionnaires clandestins, se dirige dans la nuit romaine à la recherche d'une entrée des catacombes: il sait les signes que ses premiers chrétiens de frères ont essaimé sur le tortueux chemin vers leurs rassemblements encore très « Underground ». Mais le monde vacillera sur ces racines spirituelles une autre fois: la brigade impériale cataphile repère Petrus et ses potes grâce à une caméra Thermique de poche SAFRANUS dernier cri, judicieusement reliée à un programme expert de surveillance. Petrus n'a pas changé l'histoire, et demain il se fera bouffer par les lions devant César et sa foule. fin de l'histoire, dans tous les sens du terme.


On pourrait encore imaginer des centaines de transformations du monde qui auraient échoué si le contrôle des populations avait été techniquement plus avancé à leur époque. Pour quitter l'Uchronie et passer à l'anticipation, combien d'entre nous survivraient, s'il fallait reprendre le maquis maintenant sous l'oeil des drones, des détecteurs de mouvement et des satellites? ou fuirions nous aujourd'hui, comment ferions nous sauter les voies ferrées, qui ferait les faux papiers nécessaires aux combattants de la liberté, si l'hydre revenait en ces jours de contrôle généralisé et industrialisé?



Nos libertés, nos « racines chrétiennes » même, pour faire plaisir à notre Tartuffe de chef, nous les devons à la rébellion, à la clandestinité et même, osons enfoncer les portes ouvertes, parfois à la violence et toujours au rapport de force. Bercés par le Ron-ron spectaculaire d'une société qui se veut la stabilité même, combien sommes nous encore à relever la mascarade qui fait de chaque opposant un terroriste,de chaque secret une atteinte à la « transparence », et de l'ordre, selon la formule consacrée autant que fausse, la « garantie de nos libertés »?


George Orwell, qui avait oublié d'être con,s'interrogeait in y a une soixantaine d'années, devant la bombe atomique: ne signait-elle pas la fin des guerres de partisans? Une Algérie, Un Viet-Nam, un Afghanistan plus tard, on comprend que les conflits « Asymétriques » sont encore possibles, heureusement, oserais-je dire. Mais le fond d ela question demeure: jusqu'à quand la supériorité technique des empires pourra-t-elle être mise à l'épreuve? Opposants Chinois, activistes Palestiniens, Tchétchènes: combien pourront agir demain, dans un monde maillé et fliqué par le contrôle technologique?



George Orwell


Nous vivons le temps des gestionnaires et nombreux sont ceux qui voient dans notre monde occidental l'horizon indépassable des rêves, la fin de l'Histoire. Notez qu'il faut être bien sûr de soi pour statuer ainsi sur l'avenir du monde... Alors plutôt que de m'aventurer moi aussi à quelque conjecture futuriste, je ne peux que constater que l'histoire est pleine de gens qui s'en croyaient à la fin. des gens sûrs que leur monde d'ordre valait plus qu'un monde juste, et libre. Des réacs, en somme. Et j'ajouterais que souvent des progressistes, des partisans minoritaires les ont fait mentir. Alors sauf à croire que nous vivons au paradis indépassable, je pense que nous aurons toujours besoin d'opposants capable d'affronter les forces dominantes (si « légitimes » soient-elles); Je pense aussi, n'en déplaise aux sécurocrates qui veulent nous déchausser dans l'avion et nous filmer dans la rue « au cas où », qu'il n'y a pas de liberté réelle possible sans risque. Mon blog s'interroge souvent sur les raisons qu'auront demain les insurgés d'agir. Ce billet, lui, je l'ai voulu sur les moyens qu'ils n'auront peut-être plus d'agir.

lundi, février 04, 2008

SOIGNE TA GAUCHE

Ce qu'on devrait pouvoir attendre de la gauche, et surtout quand elle est dans l'opposition, c'est qu'elle soit force de proposition. Or, trop occuppée à courir après un centre qui a réussi l'exploit d'être plus mou qu'elle, elle se fait force...de rien du tout.

La gauche, avant, était une force de dépassement, une force de progrès, si galvaudé que soit le mot: proposer les congés payés, l'abolition de la peine de mort, soutenir la contraception pour tous, c'était ça, la gauche. Et maintenant? elle a à peine la force de soutenir ses 35 heures et ces retraites, la gauche. elle titube dans des votes bidons qui ne font que donner plus de crédit à la majorité. Elle pensait sauver les meubles en évitant les débats, elle pensait que le concensus mou lui redonnerait ses ouailles perdues, la voilà mendiant un contre-pouvoir ridicule ici, exigeant quelques amménagements aux pires aliénations là, sans honneur ni espoir.


Avec une telle gauche à l'époque, les enfants de douze ans travailleraient encore dans les mines et je ne suis pas sûr qu'on aurait jamais eu l'ombre d'un droit du travail. Si la gauche avait été si timide, si soucieuse de rester dans le jeu, on marcherait encore tous à la trique. Parcequ'il fallait en avoir, de l'imagination, quand les autres criaient qu'il n'y avait pas d'alternative, il fallait en avoir, des couilles, devant les flics, les curés et les experts d'hier.

Serions nous arrivés à la fin de l'histoire, que cette même gauche ne trouve pas de combat à mener? Car enfin, qui devrait hurler sur la Françafrique, sur la dictature des marchés, sur la misère et la société de contrôle, qui devrait faire sienne les luttes de chacun? La gauche. Celle qui vote aujourd'hui, avec mille pincettes certes, le traité de Sarko. Celle qui prône la sécurité. Celle qui a abandonné la lutte des classes pour un "pouvoir d'achat" bien mou du slip.

Moi, j'attends de la gauche qu'elle soit en avance sur le monde. que ces propositions sèment le doute et le rêve dans les têtes et l'histoire. Que sa voix et ses coups lézardent les murs des empires. Mais aujourd'hui, elle ne fait que suivre l'ordre des choses en se justifiant. Et à chaque vote, ce sont de nouvelles couleuvres à avaler. Un "enrichissez vous, faites des profits" devant les patrons lors de la campagne éléctorale, par exemple.



Avec une gauche aussi stérile, même notre droite, une des plus incompétente au monde, peut dormir tranquille. Heureusement qu'il y a encore des fous pour s'insurger, des gens qui montreront à l'histoire qu'on n'avait pas tous baissé notre froc. Prenez l'occupation de la CNIL par exemple. Personne n'en a parlé, la gauche n'a pas soutenu.

Pourtant, la CNIL, c'est justement un exemple d'organisme qui, de protecteur des libertés individuelles, est devenue une chambre d'enregistrement de toutes les méthodes de contrôle, au nom, bien sûr, du concensus, et d'un "juste milieu" improbable entre la protection des libertés et je ne sais quel "progrès", je ne sais quelle "aspiration légitime à la sécurité" et je sais très bien quelles entreprises. Une chambre qui finit par tout légitimer.



D'ailleurs, le parallèle est si tentant: tout comme la CNIL finit toujours par enregistrer ce que le lobby flico-industriel lui met dans les pognes comme équipements de surveillance, notre gauche parlementaire finit toujours par suivre l'ordre libéral. Leurs points communs? Croire pouvoir conciler les inconciliables, nier les rapports de forces et suivre mollement les cours des évènements.

Occupper la CNIL, faucher des OGM, manifester devant les centres de rétention administratifs pour sans-papiers: et si c'était juste faire le boulot d'opposition que ne fait plus la gauche?

A méditer...mais pas trop.