vendredi, mars 28, 2008

TELE DE MERDE

Notre paradis capitaliste ne peut s'envisager que menacé. Il ne vaut jamais autant que lorsque des milliers d'affamés du sud viennent crever à quelques encablures de nos côtes. il n'a son parfum de refuge sûr que si rôdent dans les rues des inconnus aux mines forcément patibulaires et suspectes, forcément étrangers, forcément fous, forcément violents.

Je viens d'allumer le journal télévisé de la seconde chaîne: quels en sont les titres?



Premier sujet: Le procès de Michel Fourniret, sujet traité façon « conte de la crypte » pour électrice divers droite de plus de cinquante ans vivant en agglomération pavillonnaire. Comme toujours, l'archétype du violeur psychopathe est au rendez-vous, bien commode: il permet surtout d'éviter de parler de la majorité des viols, qui sont le fait...d'une connaissance ou d'un membre de la famille de la victime. Combien de femmes violées par un proche, combien de femmes tombées sous les coup de leur compagnons? Des milliers, mais sûrement pas assez pour éviter qu'on ne leur préfère les cas, dramatiques certes, mais bien plus anecdotiques et surtout spectaculaires des victimes de serial-killers. La nostalgie du croque-mitaine frappe visiblement notre pays de retraités. Pitoyable.


Second sujet, un fait divers qui fera parler dru, devant les machines à café ou dans les clubs de bingo demain: un blessé grave par coup de couteau aux alentours d'un lycée. Passionant. Et le tout servi avec des interviews vaines et inutiles de jeunes, visiblement réduits à un lexique de grand singe, qui n'ont rien à dire sur un événement qu'on oubliera demain. Je crois qu'on tient un bon thème, bien faisandé: le frisson du scoop qui me saisi à l'instant, ça ne trompe jamais. Là aussi, passons sur le côté « rubrique chien écrasé du « télégramme du bouchenois » ». « information de proximité », comme ils disent. Pathétique.



troisième sujet: une école d'Alabama où les élèves sont veillés par des caméras biomètriques à tout moment, établissement qui, selon la journaliste « peut servir d'exemple à tout le pays ».Aucune analyse, aucun esprit critique alors même que le directeur avoue l'efficacité hypothétique de son gadget, du fait que les fusillades dans les écoles sont souvent le fait...d'élèves eux mêmes. (La femme qui dit cela à 20h a fait bac +5 au moins, et est sensée remplir une mission de service public: sans déconner, ça fait flipper). Lamentable.


Qui peut me dire comment on en est arrivé à un tel crétinisme dans le traitement de l'information? Qu'est ce qui donne le droit à ces nuisibles, que ma redevance télé paye, de déblatérer comme des concierges sur des thèmes à la con?


Je crois que ce simple exemple (authentique!) de JT montre sans peine l'emprise sécurocrate qui règne de plus en plus sur notre pays de vieux cons abrutis de télé merdique. Des milliers de gens crèvent dans le monde, passées par les armes que nous vendons si bien (et de mieux en mieux me dit-on), ou faute des soins que nos trusts pharmaceutiques (qui donnent tant de dividendes à leurs actionnaires, me dit on) leur refusent. Et l'actualité, c'est quoi? Un coup de couteau blesse gravement quelqu'un près d'un lycée, un dingue à commis d'horribles meurtres, et en Amérique, ils utilisent la high-tech pour (mal) protéger leurs gosses, les veinards.




Voilà la soupe qu'on sert au Français pendant son dîner. Voilà qui est supposé aiguiser son esprit critique, en faire un « citoyen » « responsable », voilà le service public dans sa mission d'élévation des esprits. C'est à pleurer.


Sûr qu'avec une télé omniprésente et de ce niveau là, on peut les attendre longtemps, les révolutionnaires et de demain.


Chier.



dimanche, mars 23, 2008

Spectacle: çons et lumière...

Ça n'a l'air d'étonner personne, ces immenses bataillons de jeunes qui s'orientent vers le commerce sous toutes ses formes et à tous les niveaux. Pourtant, parcourant les copains d'avant, fesse-bouquant à l'envie (à l'ennui?), je retrouve mes petits camarades de classe, qui « ingénieur commercial », qui en « force de vente », qui « action-co »; tous ont fait leur un métier qui n'en est un occasionnellement dans l'économie traditionnelle: un coiffeur, avant d'être un marchand et de savoir vendre, c'est quelqu'un qui sait couper les cheveux.


Que sont mes amis devenus? Des épiciers. Et sans stock.


Ce qui frappe au premier abord, dans cette tertiarisation, c'est donc son aspect éminemment parasitaire. Il s'agit de vendre de que d'autres ont fait, d'en tirer une marge qui puisse justifier son propre salaire. Dans les petites structures, c'est plutôt l'une des prérogatives du patron: patron coiffeur qui accueille ses clients, patron maçon qui négocie les devis, architecte qui « vend » le projet de son agence. J'employais le mot « parasitaire » à dessein: car on me dit souvent dans ces cas là que le commercial,en trouvant les ressources qui rétribueront par rebond les salariés de son entreprise, que c'est le commercial donc, qui donne du travail à l'équipe et est donc un agent incontournable.



Ce n'est pas si simple: dans le cadre d'un marché forcement limité, les parts de marché que prend le commercial « pour les gens de son entreprise », elles ne sont souvent prises que sur la concurrence, c'est à dire...sur d'autres travailleurs. C'est ainsi que vous verrez les publicitaires, par exemple, se venter de leur rôle dans la consommation et de leur poids en terme d'économie et de croissance, quand à mon sens, ils ne sont que des mercenaires qui relèvent plus du budget de la guerre économique de tous contre tous plutôt que de la « création de richesse » pour la collectivité.


Mais cette économie n'est possible que parce que les gens en acceptent les obsédants stimulis: beaucoup de ces vendeurs ne vivent que de besoins parfaitement artificiels et ridicules qu'il a fallu créer chez leurs clients. Les UV haute-pression, les sonneries de portables téléchargeables (dont le budget dépasse celui de la vente des singles, m'a-t-on dit), les yaourts au bouts de gâteau écrasés, c'est quoi, sinon de vastes absurdités qui ne se justifient que par le pognon qu'elles représentent? Et cette accumulation de gadgets, de besoins crées, de caprices de gosses, elle n'est possible que si les gens sont accros à la consommation, elle n'est même possible que si les vendeurs eux-mêmes sont eux aussi accros à cette consommation: sans écran plat HD Ready à crédit, sans chaussures ultra-chères et merdiques mais avec virgule, qu'est ce qui pourrait bien justifier que des types se lèvent à 6h du mat' pour essayer de refourguer des choses auxquelles ils ne croient plus à des zombies décervelés par la pub?


Le fait que les gens soient sous perfusion permanente de bêtises publicitaires qui leur font croire que tel yaourt va aider leur mémoire ou que telle voiture va symboliquement grossir la taille apparente de leur pénis, ce fait là, arrange bien des gens, bien des pouvoirs. C'est à la fois la petite musique qui fait acheter et celle-là même qui empêche de réfléchir, et qui masque la réalité des rapports de force. Celui qui parlait de « vendre du temps de cerveau disponible » l'avait bien synthétisé.



Il n'y a pas de complot, de volonté centralisée de nous tenir dans cette hypnose permanente du culte de la marchandise, dans cette respiration folle du travail/consommation. Il n'y a pas de complot, parce qu'il n'y en a pas besoin. Il y a un édifice psycho-culturel, une série de croyances et de valeurs d'une part: l'accumulation des richesses, la croyance quasi-religieuse dans le progrès technique, la peur de l'incontrôlé, la religion de l'optimisation, la volonté d'affichage, la jalousie, sont autant de fondations de cette architecture individuelle. Et puis, d'autre part, il y a les rapports de force des pouvoirs et de la « grande économie ». Les allers-retours entre les grands mouvements économiques et les petites dramaturgies émotionnelles et individuelles du capitalisme, telle est la puissante dynamique du système: celui-ci tient autant par les complexes variations de taux de change que par la volonté de monsieur Zobi d'avoir une plus belle caisse que son voisin.


L'un ne va pas sans l'autre: un pouvoir monarchique absolu de droit divin, cela nécessitait bien sûr une armée très forte et une centralisation administrative. Cela impliquait aussi une foule bridée, dont l'imagination bordée et gardée dans un champ contrôlable ne risquait pas de s'aventurer ailleurs. Et bien nous, c'est un peu pareil: la formidable domination de l'homme par l'homme et ses émanations ne peut se faire que sur des cerveau lessivés par le travail, les loisirs abrutissant et la pub, trépied lui même rendu possible par ces grandes dominations.



Il faut comprendre ce qui dans son économie et sa sociologie pousse un gamin à passer des diplômes de commerce plutôt que n'importe quoi d'autre. Il faut aussi analyser les signes dans leur épaisseurs, les symboles et les sens que recouvrent cette activité, la part de rêve colonisée qui a pu à ce point être dénaturée pour qu'on en arrive là. Pour qu'on en arrive à accepter une société de compétition permanente, de soumission et d'acceptation de la souffrance au travail. Pour qu'on en arrive à des imaginaires colonisés qui ne vibrent que sur commande et qui ne se rebellent plus. Ce sont là des sujets vieux de quarante ans au moins et qu'un mois de mai avait si joliment mis sur la place publique.


Aussi plus l'autre (1) voudra enterrer 68, plus il faudra souffler sur les braises et réincarner les grandes questions d'alors. Ce n'est pas le pouvoir actuel, ce ne seront pas les médias actuels, qui vont nous remettre le nez dan Vaneigem et Baudrillard. Ce n'est pas un système actuel qui veut tout intégrer qui nous poussera à réfléchir sur la division du travail. A nous de nous réapproprier, de refabriquer et de créer les outils théoriques.


Et à nous d'agir.



(1) Je dis « l'autre » parce que j'ai appris la création d'une cellule « Buzz » à l'Elysée...et que je ne tiens pas à attirer l'attention de cette machine à brasser du rien créee (avec quel fric?) par des primo-communiants qui se croient en pointe, et que je salue bien, bien, bien bas.

dimanche, mars 16, 2008

OTAGE RANCON HELICOPTERE


Tu te rappelles la grève? Et comment...Les médias, enfin « décomplexés » hurlaient gentiment avec les loups: une minorité « prenait en otage » la majorité, dans une attitude des moins « démocratiques »: au point de refuser le vote à bulletin secret quand il s'agissait de reconduire ou d'arrêter le mouvement! Sur le chemin de mon travail, de jolies affiches « stop la grève » avaient été collées par de courageux combattants de la liberté.


Puisse que j'en suis à parler de trajet, personne au moment de cette grève n'a posé la question, cruciale, de savoir pourquoi on avait tant besoin des transports, la question de ce choix de mode de vie pavillonnaire peu dense qui condamne la plupart d'entre nous à faire trois quart d'heure de train entre chez lui et son taf. Mais revenons à nos moutons antigrèvistes.


J'avoue avoir été séduit par la rhétorique « démocratisante » qui voulait nous faire dire que seule la majorité est légitime. Seulement, voilà, et là tiens toi bien, ami plus modéré que moi, pour moi c'est de l'idéalisme de raisonner comme cela, et la vérité historique va à l'encontre de ce culte de la majorité.


Belle affiche de "Stop la grève", association liée à l'UNI (notez l'entrisme...comme quoi on apprend toujours de ses ennemis)


Oui, c'est un dogme sans fondement de croire que 51% des gens peuvent donner ou retirer une légitimité quelconque à quoi que ce soit, comme par magie. Sinon les bases même de notre société ne seraient pas là. Notre révolution Française, par exemple, dont personne ne viendrait remettre en cause la légitimité, sûr qu'à l'époque TF1 nous aurait parlé d' « agitateurs minoritaires » à son sujet. Les changements civilisationnels qu'ont été l'abolition de la peine de mort, la fin du travail des enfants, l'abolition de l'esclavage...qui, sinon de bien peu « légitimes » minorités en sont à la source?


La charismatique représentante de de l'association libérale "liberté chérie", dans une attitude mi Louise Michèle, mi Rosa Luxembourg..(Notes bien le poing levé, comme quoi on apprend toujours de ses ennemis).


Or, je ne suis pas élitiste: je ne crois pas, comme un Lénine, qu'une « avant-garde » peut prendre la parole au nom du peuple. Je crois plutôt en l'autonomie des gens et de leurs luttes, en la spontanéité de mouvements révolutionnaires, en certaines formes « assembléistes » de lentes prises de décision consensuelles.


Je ne suis pas élitiste, dis-je, mais si la propension de certains à vouloir faire le bonheur des autres malgré eux m'énerve, la condamnation de tout ce qui s'élèverait un peu des basses eaux intellectuelles dans lesquelles nous baignons me fait carrément gerber.


Comme ça, ça au moins c'est dit...


Aujourd'hui, combien sont-ils, ceux qui critiquaient hier Bové et les faucheurs « hors la loi », et qui approuvent maintenant le moratoire sur les OGM? Combien sont-ils à applaudir les initiatives écologistes de tous les gouvernement quant ils se foutaient ouvertement hier des chevelus qui leur parlaient déjà d'environnement? Combien sont-ils ceux qui trouvaient que la lutte anti-CPE/CNE était une affaire de petit bourgeois, combien sont-ils de ceux qui condamnaient la fièvre sociale d'alors qui mettraient autant de verve à défendre ce contrat inique que le BIT lui même a condamné il y a peu?


Je repasse, en allant au boulot, devant de petites affiches anti-grèves sur un mur lépreux. Elles ont été recouvertes de stickers fort à propos d'un groupe d'extrême gauche. On y lit: « Anti gréviste, sois moderne: renonce à tes congés payés ».


A bon entendeur...




dimanche, mars 09, 2008

VOTATION


« Vous restez ce soir pour dépouiller? »


Elle n'a pas même l'air d'y croire en me le disant. Non, je ne resterai pas ce soir pour dépouiller, trop de choses, le train, pas le temps, ma pov'dame, pensez donc, avec ce temps...


La petite école se remplit mollement d'électeurs bardés de mômes en bandoulière, sur les épaules, à la traîne, et qui gueulent « Papa, t'as voté quoi? ». Ca va bien avec l'ambiance gymnase préau de la salle, ce p'tit binz'. Derrière les préposés, qui font très profs à la retraite, une rangée de lavabos pour gosses se tiennent sagement sous un buste un peu raté de Marianne. Un vague portrait du Ra'ïs trône au dessus d'isoloirs miteux. Ça a de la gueule, y a pas à dire..


On m'a donné de trop grands bulletins et une enveloppe microscopique. En rentrant dans l'isoloir, je me dis que le dépouillement va être galère, avec tous ses origamis de bulletin à déplier. J'hésite entre des tous rouges, des tous verts et des tous fades mais qui ont quand même des petits morceaux de rouge dedans. Chier. Encore moins convaincu que les autres fois, je ferme ma petite enveloppe sur le bulletin qui m'a semblé le moins inutile,et, sans conviction, je roule en boule les autres dans ma poche: pas de poubelle, les cons. Ah si, mais là bas, dans le coin.


« Peut voter »


l'enveloppe tombe.


« A voté ».


Comme ça, au moins, c'est fait, et pis y a plus qu'à.

mardi, mars 04, 2008

CASSE TETE


Tout semble se passer comme si on voulait faire de ce mode une grande usine, un grand champ de bataille, ou même un asile psychiatrique jumelé avec un camp de travail.


« Tu pousses le bouchon, coco », me direz-vous. Eh ben non. (et puis qui vous a autorisés à me tutoyer, d'abord?)


Une grande usine? Ben oui: travail hyper-divisé, réduit à des tâches hyper-spécialisées. A titre d'illustration, demandez donc à vos copains ingénieurs et sup de co de vous expliquer leur boulot, prenez deux aspirines et vous comprendrez que vous n'y pigez rien, et c'est bien normal, ça se passe comme ça dans la grande usine. « Senior adviser », « ana lyste LBO »...c'est quoi ces conneries? Heureusement, pour habiller les « chargés de mission junior backoffice », les « urbanistes réseau » et les « Benchmarkers du sourcing », il y a dans l'usine l' « enfant asiatique », modèle rustique et docile spécialisé, lui, dans le point de croix, mais s'adaptant aux fantaisies des modes occidentales du moment. Les ballons de foot pendant la coupe? C'est lui. Le nouveau sweat à la mode qu'on te revendra pendant les JO organisés tout près de son atelier? C'est encore lui. Pensez à lui la prochaine fois qu'un con-muniquant de la grande usine en costume « made in Myanmar » vous annoncera qu'il n'y a plus de classe ouvrière.


Dans la grande usine, on paye très cher des gens pour optimiser au maximum l'exploitation des hommes et de la nature: Cost-killers et ingénieurs sont là pour tirer le plus possible à court terme des ressources humaines et naturelles, jusqu'à les anéantir à moyen terme les unes et les autres. Tout est si bien optimisé et rationalisé qu'on court juste à la catastrophe générale.


Dans la grande usine, les espaces paysagés des cadres sont eux aussi optimisés et on les quitte tard le soir pour se rendre dans des salles de sport optimisées où l'on court sur des tapis comme des hamsters dans leurs roues, pour éliminer le trop plein de graisse animale accumulée à trop bouffer du boeuf cloné/puçé/hormoné/optimisé. C'est quand même bien fait.


Un grand champ de bataille? Ben oui. On pourrait citer à l'envie la mise en concurrence des tâcherons comme des cadres, l'ambiance « Dallas » de la gueguerre économique, les victimes collatérales de la soif de blé des actionnaires. Je m'en tiendrais à une illustration; Un soir, j'étais à une conférence de Miguel Benassayag, et il a juste dit qu'on vivait dans une société où les gens sont fiers que leur enfant soit un « petit loup », un chien de guerre bien compétitif. Un champ de bataille entre et dans les entreprises où les plus faibles sont écrasés, écartés de tout confort, si bidon soit-il.


Asile jumelé à un camp: le mot n'est pas si fort. Asile où les anxyolitiques et les antidépresseurs coulent à flot quand ce n'est pas à coup de muflées à la Tise et à coup de spliff qu'on cherche le court-circuit salvateur. Asile parce qu'on n'est pas biologiquement équipés pour tenir la pression contre-nature toute notre vie. Asile où la fin des idéologies, toute porteuse de liberté qu'elle aurait pu être, c'est souvent soldée par le vide de sens politique, spirituel et la folie du monde. Jumelé à un camp, parce que pour entretenir cet asile où l'on s'abrutit de spectacles pour oublier qu'on va mourir sans avoir rien fait, il faut que la machine tourne à fond, et il faut toujours des petits doigts de fée asiatiques frappées à la boucle de ceinture pour tisser nos pulls trendy et pour souder nos derniers gadgets électroniques.


Mais ces constats sont d'autant plus amers que personne en particulier n'est à l'origine de cet état du monde: j'envie presque mes copains plus complotistes, car, si tout cela était vraiment du ressort de la concertation d'un groupe, une grenade suffirait à régler l'affaire. Mais le système est ainsi fait que celui qui veut lui porter les coups ne saura même pas par où commencer. L'erreur de la lutte armée dans les années 70 en est la parfaite illustration. Les groupes armés ont montré bien malgré eux que frapper un général, séquestrer un industriel, tout cela ne sert à rien. Le changement par les urnes, lui, montre aussi toujours les mêmes limites, depuis deux siècles. Alors que faire?


C'est un long travail d'accumulation des micro-expériences autonomes, des petites utopies et des idées de toute échelle qui doit commencer. Un vaste tricot de toutes les rustines d'aujourd'hui qui dessinera le plan d'ensemble de de demain. Les Eco-warriors, une solution? Les AMAP une révolution? La sabotage une fin en soi? La critique une construction? Le couscous gratuit une loi économique pérenne? Certainement pas. Mais pourtant,c'est bien quelque part entre le parasitage, le détournement et le réenchantement du monde qu'on sent le goût d'une liberté, le parfum de quelque chose qui restera. Tout comme on lit maintenant la sociale démocratie et ses révolutions se profiler dans un cercle de réflexion bourgeois ou une émeute paysanne quelques siècles avant, j'ai une impression très forte, une forme d'intuition que les pièces du puzzle sont là, qu'il faudra des années pour les assembler, des années pour que notre chemin semble aux historiens de demain une évidence.


Je me trompe?