lundi, mai 29, 2006

LA QUESTION DU JOUR!


C'est un type de droite. Un secrétaire d'état, ni plus ni moins, avec ce qu'il faut de discrétion et de brushing. Je ne me souviens plus de son nom, qui a, au fond peu d'importance. C'était une émission sur la politique vue par les Français, avec sondages, sondeurs, sondés et tout le bordel. Le spectateur attentif y apprenait l'incroyable nouvelle que nos concitoyens ne croient plus en la gauche ni la droite quant à leur capacité à changer les choses. Stupéfiant.



C'est alors que le type, un mec tout en rondeurs et en esquives, a pris une mine affectée, et nous a dit que les français en avaient marre des idéologies, qu'ils cherchaient des solutions concrètes. La séduisante théorie de la politique proche du citoyen, loin des grandes théories, je te jure, c'était beau comme une chanson de Macias, tout le monde battait sa coulpe, grande classe.

C'est vrai que finalement, ça arrange tout le monde la fin des « -ismes »: média, servez donc la bouillie, ne vous cassez plus la tête, il n'y a plus de politique, que de la gestion! Électeurs-consommateurs, reposez ce qui vous reste de temps de cerveau disponible: il n'y a aucun projet, aucun bouleversement de prévu par nos élus! Politiques, pourquoi vous casser les burnes à chercher un idéal, quand l' « opinion », cette analphabète lobotomisée, ne veut que du chiffre creux, du proche, de l'émotion facile et de la belle gueule?

Quant au marché... le marché s'en fout: il s'accommode aussi bien de notre médiocratie que des régimes autoritaires. du moment que ça consomme et que sa produit, que ce soient des cadres sup déclassés ou des mioches de cinq ans qui fabriquent, il s'en secoue.



Ce désastre intellectuel, cette noyade en basses eaux politiques n'est rendue possible que par l'absence de projet à gauche, à part l'abandon face au libéralisme, avec un peu de pommade, de vaseline, quand même. Humanistes, quoi.

Et puis, il y a nous, mi victimes mi bourreaux de tout le système. Nous qui cherchons dans la brume de cette fausse fin de l'histoire, qui un peu de vérité dans les médias, qui un projet chez les intellectuels. En vain bien sûr: les premiers sont trop occupés à interviewer les seconds au café Flore pour les savoir plutôt Karscher ou CPE.

Et bien mes amis, face à cet abandon massif, au néant qu'ils pensent nous laisser avec les clés du monde, mes copains Alter, mes éco-warriors, mes situs d'amphi, mes bobos, nous voici dans l'embarras, dans l'alter-pétrin idéologique. Si au moins nous avions un ennemi, on pourrait se vautrer dans la haine, pendre des types avec les tripes d'autre types, demander aux larves réactionnaires de faire leur auto-critique, la vie, la vraie.

Mais hélas, vous le savez bien, mes frères en lucidité: on a beau mettre l'étiquette d' Empire sur ce qui nous fait souffrir, cela ne nous aidera pas à agir pour autant. On peut aussi penser que derrière tous les maux du tiers monde et du notre, il n'y a que ces idiots de méchants américains, ou même les fourbes israéliens, (avec mille variantes sur lesquels manipuleraient les autres, c'est dans les vieilles marmites qu'on fait les meilleurs soupes!), l'honnêteté intellectuelle nous imposera alors de revoir nos classiques.

Nous sommes passés d'une société disciplinaire à une société de contrôle c'est à dire que les comportements y sont modulés de l'intérieur et de moins en moins par l'extérieur. En gros, l'imbrication des pouvoirs, toute la tripotée de processus de normalisation bien intériorisés, brouille les pistes, interdit un schéma de révolte à objet trop simple. Et, là, me voici en train de ramer pour trouver ce que vous et moi nous cherchons: la solution! Ne serait-ce que pour finir dignement cet amer constat de quelques pages, quand même, c'est si triste tout ça.

Alors bon, je me dis, l'idée, ce serait de chercher sur le web ce que proposent les auteurs que j'ai lâchement plagiés, ça serait au moins cohérent. A ce propos, ces auteurs, je peux pas les citer, comme ça à la volante, question de street-credibility. Alors soit vous les connaissez et vous vous foutez bien de moi en ce moment, sois vous êtes des types bioniques LASER et vous avez déjà tapé « « société de contrôle » « société disciplinaire » » sur gougueule, soit je vous fait une charade...



Non, pas de charade. Pas de solution cette fois non plus. Mais promis, d'ici la semaine prochaine, je cherche dans mes poches, mes tiroirs et tout.

Promis!

samedi, mai 20, 2006

PROXIMA ESTACION : ESPERANZA

« Esclaves, ne maudissons pas la vie »
A. Rimbaud.

Les petits matins des grands soir, lorsque la révolte à été endiguée ou la révolution récupérée, quand les services de propreté rendent à la rue son visage domestiqué, il ne reste parfois aux insurgés que la rancoeur et la lassitude comme compagnes d'infortune. Ils s'en retournent alors à leurs pénates, avec le sentiment profond que le balancier n'a fait que revenir d'un de ses cycles « révolte/répression » qui rythment notre histoire.



Et pourtant. La révolte, le « non » de l'homme libre quand l'esclave dit « oui », cette brèche dans l'oppression, ce temps hors de la durée des machines, des banques et des empires, la révolte demeure le sel de l'histoire, un éclair où les étincelles insurgées recréent l'univers, rallument les incendies de la création, et redonnent à l'homme la vivifiante sève de son « être au monde ». C'est là le caractère pleinement ontologique de la révolte, celui qui fait que les rues ne seront jamais complètement asservies, celui qui gronde en propageant les fissures dans les façades lisses de tous les Empires.

Mais tout ça pour quoi, me dira-t-on? Pour la lutte finale groupons nous et demain tsoin tsoin? Ou pour un nouvel échec qui montrerait une fois de plus la vanité de nos luttes?

On touche là à la question d'une possible capitalisation des résultats de la révolution. Classiquement, il s'agit de prendre le pouvoir, de rajouter une semaine de congé payé, d'arrêter une guerre, de faire démissionner un mec, ou de forcer le retrait d'une loi. Mais aussi louables que soient les « acquis » ainsi réalisés, ils ne constituent pas en soi la profonde révolution du quotidien, le « changer la vie » tant de fois récupéré.

Avouons que ce serait dommage de chercher un but à la révolte si elle n'était là que pour changer de... loi. Et mes fidèles lecteurs savent à quel point nous n'avons pas affaire en ce cas à des fins qui justifieraient des moyens: « la graine est dans le fruit ». Le présent, épaissi par le sens que le révolté lui donne, n'a pas besoin d'avenir radieux au loin, de lendemains qui chantent, pour prendre sa pleine consistance.

Alors revenons à nos mutins: que reste-t-il de nos révoltes? Il reste, bien sûr, les avancées politiques, les développements théoriques et pratiques, mais ce n'est pas tout. du moins, comme vous pouvez le lire, je n'arrive pas à m'en contenter. Pour moi, la longue histoire de la révolte n'est ni un cycle de balancier, ni un chemin balisé jusqu'au socialisme utopique, elle s'apparente plutôt à la littérature, telle que Borges(1) la décrit, relayant Coleridge Emerson et Shelley, quand ils disent par exemple que tous les poèmes du passé, du présent et de l'avenir ne sont que les épisodes d'un unique poème.

Les cris des insurgés ne sont pas poussés en vain: ils rejaillissent au cours des générations, comme enrichis d'histoire. La révolte, comme la poésie, sèment des étincelles de beauté dans le monde. Si bien qu'on ne sait plus ce qui, de la recherche du beau ou de celle du juste vient en premier. Que l'on relise les déclarations de Marcos, par exemple, et on comprendra aisément la puissance de vérité qui émane de la beauté de ces textes. Je laisse les crétins n'y voir que marketing, ou ornement: car au delà de l'efficacité réelle de son discours, c'est comme-ci le beau faisait partie des buts et des moyens d'y parvenir.



Relire la quatrième déclaration de la Forêt Lacandone, c'est comprendre en quoi un nouveau scintillement a été ajouté à la révolte mondiale depuis 1994: celui d'une lutte joyeuse et composite pour le vrai, le juste et le beau. Une lutte que l'on peut situer dans une continuité historique (issue du zapatisme et engendrant bien des aspects de la pensée « Alter »), mais qui n'est pas une simple étape dans un plan historique, un rouage, tout comme Rimbaud n'est pas qu'un relais entre le XIXème siècle et les surréalistes. Dans ces deux cas, il y a inscription pleine dans l'Histoire, et brèche poétique dans la causalité froide. Le révolté comme le poète redécouvrent le monde, le modèlent et l'ensemencent, sanctifiant et libérant le présent, au nom d'hier, au nom d'aujourd'hui et au nom de demain. Ils participent au long poème décrit pas Borges que j'évoquais plus tôt, en ajoutant une dimension, une subjectivité à l' Oeuvre humaine.

Ce reflet nouveau qu'ils ajoutent à leur étoile, le Spectacle n'arrivera jamais à le récupérer totalement, tant il se fond à chaque fois dans la Beauté et dans la Liberté: il est le refuge de l'espoir du beau et de notre vaste appétit de vivre quand tout semble perdu. Il est la profonde force de ceux qui se lèvent quand tout leur dit de rester à terre.


(1) Voir Borges, in « enquêtes », « la fleur de Coleridge »

vendredi, mai 12, 2006

NOUVEAUX OPIUMS

Une affaire par-ci, deux faits divers par là, une échéance électorale: le chaudron médiatique fait bouillonner ses basses eaux. On ne voit plus qu'eux: les candidats UMP et PS, crachoter le même discours, libéral social ou social libéral, c'est selon. Mais comme à chaque fois, politiques et médias prétendent à l'absolue nouveauté de leurs propositions, ainsi qu'au caractère historique du vote qu'ils nous demandent. Urgence, donc.

Cela fait pourtant plus de vingt ans que cela dure: une vingtaine d'année à regarder un PS qui feint d'être révolutionnaire quant il est libéral; une vingtaine d'années à regarder la droite marginaliser et précariser les plus pauvres, trier et pourchasser les immigrés, arroser et rassurer le patronat; une vingtaine d'années que l'abstention grimpe, que le FN monte alors qu'après chaque élection on croit en avoir fini avec lui pour le voir revenir la fois d'après plus fort, plus profondément introduit dans la société.

Ces évidences une fois dites, mais qu'est ce qui peut bien nous pousser à encore cette fois aller voter, à donner notre voix pour ce que l'on pense être un moindre mal? L'urgence: urgence qu'il y a à battre une droite arrogante pour ces élections-ci, urgence à barrer la route à l'extrême droite là. Urgence d'évènements dont tout nous pousse à croire qu'ils sont, du fait de leur absolue présence, essentiels. Il est obligatoire à la survie du système que l'on nous ramène sans cesse à l'instant: il n'est jamais temps de se poser les bonnes questions.



C'est là l'un des aspects les plus troublant de cette colonisation de nos esprits: nous voici enfermés par le spectacle dans un présent irréel, fait de non évènement. La pression médiatique et publicitaire apporte toujours plus d'eau au moulin de cette aliénation: techno-connerie du moment, troisième voie politique fignolée à l'arrache avant la campagne, chaussures de sport ridicules, dernier roman nombriliste d'un intellectuel nanti des beaux quartiers, rumeur sur des stars tirées du néant par les forges à tubes de majors. A chaque jour sa nouveauté, qui masque toujours plus mal les scandales persistants du système.

Car la chute elle, s'approche, toujours plus: les deux coqs que PS et UMP nous exhiberont ne feront au mieux que vingt pour cent des votes chacun, sans compter l'abstention. La politique telle qu'on nous la propose ne fait plus rêver grand monde. Il faut dire que son incapacité, ou plus sûrement son absence de volonté de se poser les questions essentielles met de plus en plus en décalage le discours institutionnel et la réalité. Pour le pouvoir, tout se passe comme si le monde était le même qu'il y a quarante ans. Comme si les ressources nous étaient encore virtuellement illimitées au point que l'on puisse faire l'impasse sur un vrai questionnement de la croissance. Comme si les inégalités ne s'étaient pas accrues au point de faire voler en éclat les vieux modèles de développement. Comme si le système libéral qui réduit à néant les espoirs des pays pauvres et détruit le lien social au nord, comme si ce système n'avait pas échoué.

Est-ce parce que, aliénés a l'instant éternel, nous n'agissons pas que le système se perpétue? Ou est-ce à l'inverse, que face à la barbarie quotidienne que le monde offre à voir, nous cherchons par tous les moyens à noyer notre désespoir dans le spectacle, à masquer l'évidence par du chattoyant et du quotidiennement abrutissant?

lundi, mai 01, 2006

DERNIERS RABAIS AVANT ELECTIONS!

Le calcul est simple, pour monsieur S: les élections approchent, et, comme le veut le système électoral, elles se gagneront à la marge. Il lui faut donc bouffer à tous les râteliers, quitte à racoler activement auprès du marais de l'électorat frontiste.

Ca se passe comme ça, à droite: que l'on songe la fameuse tirade de notre président sur le bruit et l'odeur des immigrés il y a des années, ou bien encore à l'incendie d'un campement de gens du voyage par un maire de droite en Alsace. Que l'on songe au dernier délire du maire divers droite de Montfermeil, qui veut interdire à ses administrés sauvageons mineurs tout rassemblement de plus de deux personnes en centre ville. Le naturel revient toujours au galop!

Aussi monsieur S nous propose-t-il, après le fichage ethnique des délinquants, une nouvelle loi sur l'immigration, une « immigration choisie », parce que je le vaux bien. De l'avis quasi unanime des commentateurs, il s'agit bien d'une loi à visée essentiellement politique. Histoire de ratisser plus large.

Le résultat, c'est que la loi propose de sélectionner les entrants en fonctions de critères d'utilité économique. Ce que l'on fait au bétail agricole, pourquoi ne pas le faire aux étrangers? Je propose d'ores et déjà un examen des dents et du blanc de l'oeil, une palpation des biceps, histoire de vérifier la qualité du bois d'ébène.




Toujours là où on l'attend, la droite prépare une fois de plus le terreau fasciste fertile qui lui permettra de se faire élire grâce au racisme et à la peur d'une insécurité fantasmée. Après tout, comment les en blâmer, quand on voit à quel point l'électorat tend l'autre fesse: Les serfs réclament plus de contrôle et plus d'inégalité, le peuple veut de l'émotion simple! De la peur, de la haine de l'autre, du sentiment grégaire nationaliste, un peu de soupe... Il est tellement simple d'aller dans le sens du poil, dans celui de l'avilissement populiste et démagogue.

La recette est la même, pour la droite du monde entier. Quand le simple libéralisme ne suffit plus à séduire les masses avec le super argument « sacrifice social = plus de croissance = de plus grosses miettes pour les gueux = joie de vivre », il suffit de ressortir les fiertés et les peurs nationalistes, de déclencher une guerre, de stigmatiser une minorité. Dans une société ainsi terrorisée, le bétail se met à rêver d'ordre, et les patrons encaissent encore plus.

Que demande... le peuple?