mercredi, avril 30, 2008

LE PESTACLE

C'est en écrivant ce blog que je m'en suis rendu compte, ces derniers temps: quand on a la tête dans le guidon, le présent colle au regard et on perd peu à peu de son imagination. Cela fait des mois, que, au début par souci de donner un peu d' « actualité » à mes billets, mais de plus en plus parcequ'hypnothisé par le spectacle, je commente la politique actuelle, prisonnier des sujets que les nombreux filtres (lignes éditoriales, pertinence du sujet, importance supposée de l'évènement, mais aussi fatigue, abrutissement) laissent passer, au détriment des arrière-cours et des avant-gardes.


Force est de constater que je ne suis pas seul dans ce cas. L'âge, l'éloignement des amphithéâtres, les occupations abrutissantes, nous plongent dans un désenchantement assommé, où le peu d'éveil intellectuel est pompé par les évènements que l'on dit les plus « importants », les plus « conséquents »: certains appellent ça l'assagissement, la maturité. Mais, et je l'intuitais jusqu'à maintenant, c'est plutôt d'un léthargie, qu'il s'agit.





il ne faut pas s'étonner que ceux, et je me compte parmi eux, qui passent leur temps à regarder les discours de notre président (et de ses concurrents) pour y déceler quelque nouveauté toute relative, que ceux qui cherchent l'enchantement dans la perfusion continue d'évènements finalement toujours assez semblables, que ceux qui dépensent leur énergie intellectuelle à dénicher des différences de sens profond entre Manuel Vals et Monsieur S, que ceux là n'aient plus la force, la puissance vagabonde, de souhaiter un monde meilleur. Et, je le redis, c'est quelque chose que je ressens profondément en moi: je suis dans une situation où j'ai l'impression que je ne pourrais pas, avec la meilleure volonté du monde, imaginer ce que j'arrivais à imaginer avant, puiser dans des forces que je n'ai plus: appelez ça de la maturité, du plomb dans l'aile, mais mathématiquement, ça ne peut s'appeler qu'une perte.

Dans cette brutalité si répertoriée qu'est l'aliénation, dans ces peurs d'être mis au ban du système, dans le doux abandon de ma volonté d'émancipation au diktats d'un faux présent éternel, je sens l'étreinte féroce de la main de fer des rapports de force de toujours, mais habillée cette fois du gant de velours du confort. Personne n'a programmé la machine pour cela, personne ne tire les ficelles, mais le système est si bien fait que nous dormons. Ce sommeil nous permet de survivre aux rapports de force les plus cruels qui nous entourent. C'est, par exemple, la somme de loisirs dans laquelle nous nous jetons pour ne pas avoir à voir un système qui n'a jamais été aussi absurde. Supporterions nous l'incroyable déséquilibre de la répartition des richesses dans le monde, la perte de sens de nos sociétés, et la monotonie hyperspécialisée de nos vies « actives » si nous n'avions comme opium salvateur le Ron-Ron de notre travail et de nos « loisirs »?



Il faut croire que l'avenir de l'homme n'est pas dans cette immense usine systématisée fruit de nos rêves malades, il faut croire que notre vie intégrée dans la société capitaliste et technicienne n'est pas l'horizon indépassable de l'histoire. Il faut ésperer que nous arriverons à nous tirer et à tirer le monde de l'incroyable torpeur dans laquelle il est plongé, de la poudre aux yeux qui est sensé cacher toutes les misères, en le monde comme en nous.


dimanche, avril 27, 2008

Café du commerce et des affaires étrangères

L'autre soir, j'ai regardé mon président à la télé: ce n'était pas joli à voir. On avait l'impression d'être à table, un peu pété à l'heure du rince-cochon, à discuter avec un oncle arriviste, très sûr de lui, et prêt à toute la mauvaise foi du monde pour étayer des propos embrumés et fumeux.

Ainsi, il a commencé à expliquer aux stoïques journalistes présents le magnifique rôle de conciliateur de la Chine au Darfour (« la Chine aide le monde dans la crise du Darfour, pour éviter le drame ») et dans le monde (« la Chine aide le monde en empêchant l'Iran de se doter de l'arme nucléaire »). De la pure ineptie en bois de Sequoïa, du boule-chite de derrière les fagots, de la déclaration si fausse, si hypocrite, si incohérente, que je ne prendrai même pas la peine de commenter les grosses ficelles argumentaires qu'un jury d'enfants de sept ans sous Télétubbies aurait levés sans peine.

Puis, alors qu'à ce stade la plupart des observateurs politiques honnêtes ont normalement du être pris de nausée et de saignements de nez, il nous a tenu à peu près ce langage, parlant cette fois de notre futur (et certainement brillant) retour sur le champ de bataille afghan:

« C'est pas la peine d'aller éteindre la flamme olympique, hein...parce que ça, c'est du deux poids et deux mesures, hein. C'est pas la peine d'aller bousculer la p'tite athlète, heu, handicapée, si c'est pour dire, « oh ben oui, là, euh, si c'est la flamme olympique ça nous gêne, mais quand c'est en Afghanistan, la Burka sur les femmes ça nous gêne pas », et bien moi, ça me gêne ».

Que veut dire notre poète par ce discours bien confus? traduisons en Français courant, ou plutôt juste en Français ce qu'il semble vouloir confusément nous dire:

« Vous vous opposez au passage de la flamme olympique, mais vous êtes peu dérangés par les Talibans » (au passage, j'aimerais qu'il m'en trouve, de ces fameux opposant aux JO à Pékin qui en même temps kifferaient la Burka...bref). « Vous faites du deux poids deux mesures ».

Voilà, c'est dit. Les journalistes prétextes, médusés, ont laissé passer, alors que, (et putain c'était quand même facile à relever!)le président en ne s'opposant pas au gouvernement chinois mais en envoyant des hommes en Afghanistan fait justement montre du « deux poids deux mesures » qu'il dit critiquer!

Alors...si comme moi vous ne savez pas si les journalistes manquent de logique ou de courage quand ils sont face au président, si comme moi vous vous demandez à quoi a servi ce show minable à part à slalomer entre les portes ouvertes et les sophismes, si vous pensez que ceux qui nous gouvernent n'ont ni courage politique, ni idées ni constance, ni honnêteté intellectuelle, si...

...Enfin, vous m'avez compris.

Non?

dimanche, avril 20, 2008

ALLONS Z'ENFANTS

Nous vivons dans un pays qui ne remboursera plus les lunettes, mais qui aidera à financer les opérations militaires des États-Unis via l'OTAN. Nous vivons dans un pays dont les caisses « sont vides », selon notre chef, mais qui exonère d'impôts ceux qui en ont le moins besoin. Nous vivons dans un pays administrant un ministère du drapeau, de la peau blanche, de la rafle et du racisme, et notre président vient pleurer ses larmes de crocodile sur Aimé Césaire (les mêmes qu'il avait faites couler à l'enterrement de l'abbé Pierre, peut-être) . Nous vivons dans un pays qui a dit de l'écologie qu'elle serait « sa priorité » et qui sous les coups de boutoirs de bien peu démocratiques lobbys veut autoriser les OGM en plein champ.


Le pouvoir actuel est une honte: il brade le peu de valeurs, d'acquis sociaux, de vision du monde qui nous permettait de garder la face. Quand les opprimés du monde tournent leur visage vers la France, ils ne voient que leurs mines déconfite dans le reflet des lunettes noires de notre président. quand la langue Française se veut de nouveau celle de Kateb Yacine, de Césaire, de Fanon, quand elle pourrait redevenir ce fabuleux butin de guerre, cette arme miraculeuse, elle ne résonne dans la bouche du président que pour repousser l'opprimé hors de l'histoire (voir notre billet sur le navrant discours de Dakar).


Ne cherchez plus la France pour critiquer les guerres iniques, pour faire entendre une voix (si peu, mais quand même) différente. La France se repose sur le yacht d'un ami milliardaire. Ne cherchez plus la France pour effacer l'ardoise de la dette du Tiers monde, ni même pour taxer les billets d'avion, elle règle l'addition au Fouquet's avec des amis évadés fiscaux. Ne cherchez plus la France dans les combats immenses par les pavés, par les idées, par la dynamite, la France regarde la Star Academy et envoie des SMS en pleine messe avec le pape.


Je n'ai pas la candeur de croire en une « grandeur » passée de mon pays. Je dis juste l'amertume de ceux qui y ont vu un horizon, un « air de liberté au delà des frontières, aux peuples étrangers qui donnait le vertige » et qui ne peuvent plus qu'y trouver la bassesse Sécurocrate, Atlantiste, Réactionnaire , Kolonialiste et Odieuse qui s'y étale, dans le déni des rêves mêmes fous qu'elle a pu susciter. Je dis ma douleur, de voir en mon nom et en celui de mon pays, des incultes dire de dangereuses absurdités quand le monde a soif d'une parole nouvelle.


dimanche, avril 13, 2008

Fin de la récré: tous en rangs!


A qui voudrait une belle illustration de la cruauté politique en milieu gouvernemental, à qui voudrait voir les déshonneurs auxquels mène l'obéissance aux rapports de forces actuel, l'actualité s'est montrée riche de deux jolies vacheries.


La première: Rama Yade s'ouvre, sur le thème brûlant des JO de Pékin, lors d'une entrevue à la radio. Elle y exprime les « conditions » qui rendraient possible la venue du Président à la cérémonie d'inauguration. Rien de bien engagé, me direz vous, quand on voit le nombre de dirigeants qui boycotteront la cérémonie. Mais bon, admettons. A peine a-t-elle formulé ces conditions que son ministre de tutelle dément, et parle d'une « bourde » de sa jeune secrétaire d'état. On passera sur cette soumission assez abjecte à la Realpolitik de la part d'un ancien de 68, pour se poser la question suivante: à quoi jouent ces deux là?


Moi, je serais secrétaire d'état, je ne parlerais pas comme cela d'engagements du président à la légère, ne serait-ce que pour ne pas dire de conneries. Donc, à moins de penser que Rama Yade est une abrutie, elle a forcément eu des signaux forts allant dans ce sens, de la part du président ou de son ministre de tutelle, Nanard le Poète. Le démenti du quai d'Orsay qui a suivi n'indique qu'une chose: deux messages contradictoires sont partis de l'exécutif.


Alors deux options : soit les ministres sont des perdreaux de la semaine, soit c'est volontaire. Je penche plutôt pour la seconde: Une façon, à mon avis, de souffler le chaud et le froid, de tâter l'opinion, de faire croire à une pluralité des valeurs au sein du gouvernement. Mais à la fin de l'acte, une fois les démentis publiés, retour à la case départ et application de la décision initiale, avec en cadeau un pseudo mini-débat pour bien montrer l' « ouverture ». Après cette couleuvre, à mon avis, Rama Yade aurait du démissionner, mais, et c'est là que le soufflé retombe, elle semble préférer le déshonneur de mille démentis ridicules (« la chine n'est pas une dictature ») à la porte claquée. Chacun ses choix.


Deuxième vacherie, en plein débat sur les OGM, Nathalie Kosciusko-Morizet défend une saine méfiance, face à des députés qui veulent voter à l'encontre de l'opinion, mais en accord avec les puissants lobbys Agro industriels. NKM évoque la lâcheté qui règne dans son camp, fustigeant avec une certaine dignité la non tenue des engagements du Grenelle par une majorité plus au fait des arguments des semenciers que de la volonté populaire (dont cette majorité se fout comme de l'an 40: on s'en doutait, maintenant c'est acté). Jean-Fraçois Coppé, en matador lamentable, lui portera l'estocade au nom de ses petits camarades députés-lobbyistes, en obtenant d'elle des excuses publiques. Là aussi, pas de démission (alors que ça aurait eu de la gueule et quelques retombées, je le pense), là aussi, fin de la parenthèse dorée (du conte de fée, plutôt) de la « droite à visage humain » qui se fendait d'engagements pour l'environnement, fin du pseudo-débat d' « ouverture » à l'écologie, retour à l'ordre et à l'autorité, envers et contre le bon sens et l'électorat.


Gaaaaaarde à Vous'!


dimanche, avril 06, 2008

UN PEU DE SERIEUX, MERDE

Dans notre monde d'abondance, on produit largement de quoi satisfaire les besoins de tous. On produit même trop, et n'importe comment, jusqu'à l'absurde, même: voir les récents débats aux états-unis sur l'opportunité de se nourrir de bêtes clonées; voir la récente polémique de l'OMC sur le fait que ces ringards d'européens refusent toujours l'importation du boeuf aux hormones; voir l'arrêt des jachères souhaitée par certains au détriment de la qualité future des sols.


Le marché ne sait pas distribuer les richesses qu'il produit si bien: la récente montée des prix des denrées alimentaires dans le monde en est bien la preuve. Spéculation, agro-carburants qui utilisent les bonnes terres, passage de trop de gens à une alimentation trop carnée, et monocultures d'exportation sont autant de raisons qui ont fait d'une récolte comme on n'en avait jamais eue un Binz' total avec émeutes en Afrique et augmentation du prix des nouilles. De l'organisation de la pénurie dans un monde d'abondance: un cas d'école pour les économistes de demain!


Ce qui est amusant, c'est qu'une crise aussi significative, sur une pratique que nous partageons tous de Vladivostok à Lons le Saunier,(manger), trouble aussi peu le citadin occidental: sûr qu'il est que l'économie ne se joue plus dans la ringardise du secteur primaire et du secondaire (a peine plus sexy que le premier), il concentre son attention économique sur des usines à gaz comme la vente de licences de N-ième génération de portables, la surévaluation de sa monnaie et le statut de ces mp3 plus que sur ce qu'il y a dans son assiette, et dont, heureusement pour lui et pour l'agro-alimentaire, il n'a aucune idée de comment cela a été produit.


Jusqu'à ce que...


Jusqu'à ce que d'autres futurs petits occidentaux, plus bridés, plus bronzés que les premiers, aspirent aussi à notre mode de vie Bagnole-Viande-Avion-gros frigo à la con: et là, c'est le drame. La planète n'est pas équipée pour nourrir de boeuf deux fois par jour tous nos congénères: c'est beaucoup trop gourmand en céréales, en espace et en eau. De même pour le poisson: on entame déjà bien nos grandes réserves de pêches, alors pour peu que les chinois se mettent autant que les japonais à apprécier le thon, on est mal barré. Pour la pollution, même topo: si tout le monde jouait à l'occidental kérozène-style, on vivrait dans un four à effet de serre.


Donc deux options: soit on ferme les yeux, on continue comme si de rien était, on dit comme les américains au dernier sommet mondial bidon que « notre mode de vie n'est pas négociable » et ce qui sont contre vont se faire foutre (option « le prépare les guerres de demain pour mes petits enfants », très sympa). Où bien on réfléchit aux moyens conviviaux d'atteindre une sobriété volontaire ...avant que d'une façon ou d'une autre, on nous l'impose: quand il n'y aura plus qu'un steak pour dix, ce sera soit chacun son tour à petites bouchées, soit la baston. C'est tout (A part la courte paille, je ne vois en effet aucune alternative).


Comment on partage le gâteau, comment il est fait: deux questions, deux absences dans les JT et dans les programmes des candidats « sérieux » à la présidentielle.


Avouez qu'avec du « sérieux » comme ça, on n'a plus tellement besoin de déconner.


mercredi, avril 02, 2008

JEUX D'INFLUENCE

La flamme qui va parcourir Paris ce lundi, c'est celle du déshonneur; et ni les brassards verts ou oranges aux bras des athlètes, ni les banderoles équivoques sur la mairie de Paris n'y changeront quoi que ce soit: on ne baisse pas son froc à moitié.


Les J.O là-bas, à vrai dire, j'en n'avais pas grand chose à foutre. L'olympisme et toutes ces conneries, je n'y crois plus depuis bien longtemps. Mais depuis une semaine, j'avoue être carrément pour le boycott, et des deux mains.



Ils m'énervent parfois, mais faudra m'expliquer comment être contre RSF cette fois...


Des naïfs aux idées plus vieilles que les miennes me le disent pourtant: le boycott des jeux n'apportera rien de bon. Il ne faut pas manquer cette chance historique de changement vers la démocratie, il ne faut pas braquer un pays qui s'ouvre peu à peu aux libertés.


D'abord, cette ouverture, j'aimerais bien en voir autre chose que la promesse, depuis quinze ans. Ensuite, dire que le boycott n'apporte rien (NDLR: contestable) ne prouve pas que le non boycott apporte quoique ce soit. Un sympathique rapport d'Amnesty montre à ceux qui en doutaient encore que les JO n'ont eu aucun effet positif sur les droits de l'homme en Chine. L'esprit sportif, que personne ne semble de nos jours remettre en cause dans ses fondements, n'a en tout cas jamais servi la liberté, loin s'en faut. Les jeux de Berlin en 36, la coupe du monde en Argentine pendant la dictature n'ont rien changé à l'affaire: au contraire, ils ont apporté caution et légitimité au pire.




On aura tout entendu: même Mélenchon, que je respecte pourtant, s'est fendu d'une tirade vaguement pro-chinoise, avec tout le répertoire de la propagande adéquate: les chinois présents « depuis le douzième siècle » (NDLR: contestable) , le repoussoir du « régime théocratique tibétain » (NDLR: et alors...). Les inévitables liens (NDLR: contestables) entre reporters sans-frontières et les néo-conservateurs (NDLR: et alors...)...Tout y est passé.


Le régime autoritaire de là-bas est-il si puissant qu'il ait déjà exporté sous nos latitudes sa langue de bois si typique? Le spectaculaire sens de l'organisation, de la sécurité et de l'ordre des gardes rouges convertis au marché a, lui au moins c'est sûr, passé les frontières des nos démocraties européennes, et même de leur doyenne: ainsi, en Grèce, la police a-t-elle interdit à des gens de dérouler une banderole de contestation.


C'est aussi ça, l' « effet J.O »...